« Si la femme qui accouche ne ressemble pas à une Déesse, c’est que quelqu’un dans la pièce ne la traite pas correctement »

– Ina May Gaskin

Dans une société qui a plus vite fait de mettre en avant les risques et qui ne valorise pas toujours suffisamment l’humain, je tenais à attirer votre attention sur un fait important : Etre enceinte n’est pas une maladie. C’est un processus à accompagner, une expérience à vivre.

Entendons-nous bien : je ne fustige pas les progrès de la science, et ne vous encourage pas spécialement à accoucher sans péridurale dans la forêt comme une louve sauvage (sauf si c’est votre choix). Simplement, l’approche médicale de la grossesse et de l’accouchement en France a une fâcheuse tendance à se focaliser uniquement sur les risques et symptômes. Cela amène à faire penser à la femme enceinte qu’elle est incapable de mener son accouchement. Je vous invite plutôt à opter pour une approche centrée sur la femme : Vous êtes compétentes et votre corps sait ce qu’il a à faire. C’est vous qui accouchez, et non le professionnel de santé qui vous accouche. Les femmes accouchent depuis la nuit des temps et ce n’est pas parce que nous sommes au 21eme siècle que cela change en quoi que ce soit les ressources que nous possédons. Connaître la physiologie est un plus qui aide à être parée à toute éventualité tout en gardant confiance en ses capacités.

Vous ne savez pas que vous savez déjà

Contrairement à ce qu’une majorité de gens croient, enfanter n’est pas nécessairement violent, douloureux et dangereux. Cette idée est si répandue que beaucoup de femmes finissent par croire qu’on doit s’en remettre entièrement au médecin pour se débarrasser de ce moment le plus vite possible.

En réalité, il s’agit d’un processus physiologique inné, une compétence intrinsèque. Et même si bon nombre d’entre vous doutent de la capacité de leur corps à expulser quelque chose d’aussi gros qu’une tête de bébé par un orifice si petit (oui oui je l’entends aussi cette petite voix dans votre tête), la nature est bien faite et jusqu’à preuve du contraire, vous en êtes capable. Quand je dis « vous », je ne parle pas de votre mental, mais de votre corps. Et même si vous ne savez pas encore comment, votre corps, lui, SAIT. De la même manière qu’il sait instinctivement comment bâiller, éternuer, vomir, uriner, déféquer, péter ou jouir. Je vous assure, vous seriez étonnées des capacités de votre corps. Car contrairement à la croyance populaire, il est très rare que les caractéristiques physiques d’une femme interfèrent avec sa capacité à accoucher. Pour découvrir une présentation détaillées des études centrées sur la pertinence de la pelvimétrie (mesure des dimensions pelviennes pour savoir si l’on est capable d’accoucher), je vous renvoie vers ce site.

Alors si votre gynéco estime que votre bassin est trop étroit pour un accouchement par voie basse, prenez un deuxième avis.

Si vous voulez encore plus de détails sordides qui expliquent comment est-il humainement possible d’expulser une tête de la taille d’une boule bowling, direction le prochain paragraphe. Sinon, vous pouvez passer directement au chapitre suivant.

Un accouchement, c’est beau, mais c’est parfois berk

  •  La tête du bébé a des capacités de déformation qui lui permettent de s’adapter temporairement aux dimensions du bassin maternel et faciliter la traversée (c’est la raison pour laquelle leur crâne aura une forme allongée -parfois de manière impressionnante- sur les premiers jours de vie).
  • Accoucher s’accompagne fréquemment d’une envie irrépressible de pousser lors des dernières contractions. Il s’agit d’un réflexe mécanique dû à la tête du bébé qui appuie sur les releveurs de l’anus. Il est donc tout à fait normal de déféquer pendant l’accouchement. Pas de panique, personne ne va s’offusquer ou s’indigner. Le personnel médical est habitué et prendra en charge ce petit incident sans même que vous vous en rendiez compte. Tâcher de ne pas vous focaliser là-dessus ou d’essayer de réprimer ce besoin, car cela pourrait freiner la force de poussée et la rendre moins efficace. En fait, l’envie de pousser –lorsqu’elle est présente- est tellement puissante qu’elle peut même déclencher un réflexe vomitif. Que ce soit en début de travail ou lors de l’engagement du bébé dans le bassin, le vomissement et la nausée qui l’accompagne sont bon signe puisqu’ils traduisent des contractions efficaces, aident la progression du travail, et peuvent même contribuer à soulager la pression des contractions.
  •  Le réflexe expulsif ne dépend pas de votre force physique ou mentale. Il est présent dans le coma, sous anesthésie générale, chez les tétraplégiques, et même en post-mortem. La péridurale n’empêche donc pas ce réflexe. C’est pourquoi certains professionnels (comme Bernadette De Gasquet) remettent même en question l’intérêt de «pousser » lorsque l’envie ne se présente pas.

En fait, le plus difficile est de se déconditionner de l’idée qu’on accouche forcément dans la souffrance…

Accoucher sans souffrir, c’est possible

La peur de la douleur (ou des complications) est sûrement le plus grand frein à l’accouchement physiologique.

D’une femme à l’autre, l’expérience subjective pourra être bien différente, et ce pour un même déroulé. Bien que le contexte socio-culturel détermine en partie la perception douloureuse de l’accouchement, certaines femmes, indépendamment de leur culture, connaissent un travail non douloureux. Les femmes de culture traditionnelle ont généralement plus de facilité à accoucher que celles qui ont une connexion plus ténue avec leur corps.

Personne ne remet en question le fait que l’accouchement est une expérience douloureuse pour beaucoup de femmes. Néanmoins les sensations associées au travail et à l’expulsion peuvent être rendues tolérables par de nombreux aspects. Déjà, il faut savoir que douleur n’est pas synonyme de souffrance. Les sensations sont très différentes de celles ressenties en cas de blessure. Nous ne vivons pas de la même manière un clou planté dans le pied selon que celui-ci survient pendant qu’on traverse notre salon ou que l’on court dans la jungle pour fuir un tigre. De même, vous ne vivrez pas de la même manière une blessure non souhaitée, brutale et soudaine, et un accouchement que vous aurez eu le temps d’appréhender durant 9 mois, dont l’intensité des contractions est très lentement progressive, et qui traduisent la très proche arrivée de l’enfant que vous allez bientôt rencontrer.

Si vous avez peur de ne pas réussir à surmonter les pics douloureux, dites-vous qu’une contraction, même au stade ultime d’intensité, dure environ 1 minute. Qu’elle a un début, un point culminant et une fin. Un peu comme une vague qui monte doucement puis se retire. Que vous décidiez d’accoucher avec ou sans péridurale, que vous traversiez ou non une phase de désespérance (vous savez, le fameux moment où l’on se dit qu’on n’y arrivera jamais et qu’on veut retourner chez nous pour se cacher), il s’agit d’un processus normal et de courte durée, pour lequel vous méritez d’être accompagnée et encouragée. Après cela, il y a une pause, sans aucune information douloureuse. Les pauses entre deux contractions permettent de récupérer. Savourez-en chaque seconde. Appréciez-les. Profitez de la pause pour recharger les batteries, dormir (oui, ça arrive !), souffler, embrasser votre partenaire, rire ou même chantonner. Tenir 60 secondes, même avec une douleur intense, est faisable. Restez focalisée sur ce que vous traversez dans l’instant, sans anticiper les contractions suivantes. Une contraction à la fois. Une vague après l’autre, en gardant en tête que chacune d’elle aide à la progression de votre bébé et vous rapproche toujours un peu plus de votre rencontre avec lui.

Et si toutes les femmes sont plutôt bien préparées à l’idée que le travail puisse être douloureux, elles sont moins au fait que celui-ci peut également être extatique  – voire orgasmique.

Certaines mères témoignent en effet d’une euphorie présentant des similarités avec le plaisir sexuel. Il n’est pas question ici de vous offrir de faux espoirs, mais cette réalité trop méconnue permet de mettre la douleur en perspective. Après tout, le fonctionnement hormonal et les contractions d’accouchement s’apparentent au mécanisme physiologique de celles générées lors d’un orgasme…. Je vous renvoie à l’excellent bande-dessinée de Lucile GOMEZ (« La Naissance en BD ») qui fait une analogie très pertinente entre les conditions idéales pour un accouchement et celles pour un rapport sexuel.

Si l’extase reste rare et que le sujet est tabou, il peut être pertinent de chercher à le créer. « Contre la douleur, la meilleure chose à faire est de se faire du bien » ! Les caresses, massages et même (pourquoi pas ?) stimulations des mamelons ou clitoridiennes peuvent permettre de recruter un maximum de terminaison nerveuses spécifiques du plaisir pour renforcer la production d’hormones du bien-être et aider le corps à assimiler les informations de contractions utérines comme autant de sensations positives. Il ne s’agit pas d’être dans un esprit d’excitation sexuelle, mais de voir l’auto-stimulation comme outil visant à apaiser le corps. Pour en connaître plus sur les naissances orgasmiques, c’est par ici.

L’accouchement offre ainsi un éventail de sensations plus large et plus nuancé que nos croyances culturelles l’admettent : c’est un moment de grande intensité qui peut inclure de l’appréhension, de la douleur, mais aussi de la joie, de l’amour, des cris, des chants, du silence, des caresses, des pleurs, des nausées, des moments d’extase, de la fatigue physique, de la désespérance… bref un moment de vie incomparable qui ne peut être réduit à la peur de la souffrance.

Le corps et l’esprit : une connexion puissante

Le conditionnement mental à avoir peur/mal et les émotions négatives entravent bien plus qu’on ne le pense la capacité à accoucher. Car si la tête a peur, le corps aussi. Cela induit une sécrétion d’adrénaline qui inhibe la production d’ocytocine (hormone du bien-être et des contractions efficaces) et ralenti le travail. Une ambiance défavorable, des gestes médicaux inconfortables/intempestifs ou la contrariété d’une présence indésirable peut entraver le travail. C’est la raison pour laquelle les contractions de bon nombre de femmes s’arrêtent lorsqu’elles arrivent à l’hôpital.

De même, la stimulation de l’intellect (néocortex) peut également interférer avec le processus d’accouchement en inhibant la libération des bonnes hormones. C’est ce qui se produit lorsqu’on vous pose tout un tas de questions incessantes, qu’on vous crie des ordres, ou que vous vous mettez à compter/chronométrer vos contractions pour calculer si la dilatation se fait suffisamment rapidement. Notez par ailleurs que le travail se fait en dents de scie, et qu’il n’est pas de toutes façons pas très utile d’essayer d’évaluer vous-même si la progression se fait bien. Mesdames les futures mères, soyez dans le ressenti, pas dans la réflexion. Laissez-vous guider et emporter par vos sensations.

Mais alors comment faire pour savoir si c’est le bon moment de partir à l’hôpital ? L’indice le plus sûr est l’intériorisation maternelle : lorsque la future mère se concentre sur ce qu’il se passe dans son corps en se coupant totalement de ce qui est autour d’elle, pour accueillir la contraction. La solliciter, lui parler, lui poser des questions, c’est l’empêcher de se mettre dans sa bulle.

Pour ces raisons, un accompagnement par quelqu’un de confiance, de l’empathie et de la réassurance ne sont pas seulement synonyme d’une expérience agréable, mais sont également le meilleur moyen de minimiser les interventions médicales.